Le terme « Banshaku », qui signifie « boire de l’alcool le soir », se rapproche de notre tradition de l’apéro mais plutôt qu’ouvrir la soirée, il la termine. Décryptage.
Depuis que je vis en France, le mot banshaku sort complètement de mon vocabulaire. Littéralement, il signifie « boire de l’alcool le soir » et désigne le verre que l’on prend en fin de journée, avant ou/et pendant le dîner. En français, il n’existe pas vraiment d’équivalent. On pourrait, à certains égards, le rapprocher de l’apéro. Pourtant, l’apéro ouvre la soirée, tandis que le banshaku la referme, dans le calme, à la maison.
Chaque année, lorsque je rentre au Japon, le mot banshaku reprend toute sa place. Mon père le pratique depuis près de soixante-dix ans. Aujourd’hui, à la retraite, il a son rituel : tous
les jours, à 17h30 précises, il commence par préparer de quoi grignoter, le plus souvent du poisson séché et du fromage, devenu l’un de ses petits plaisirs depuis son premier voyage en France. Je lui en rapporte régulièrement de toutes sortes mais, contre toute attente, son préféré reste le Babybel.
En été, son banshaku commence par une canette de bière, suivie d’un verre de Bordeaux que je rapporte dans ma valise. Depuis que j’ai remplacé les bouteilles par un cubi pour voyager plus léger, il ne veut plus que ça. Il adore cette impression de pouvoir « tirer le vin au robinet ». En hiver, la bière cède la place au saké chaud, servi depuis une grande bouteille de 1,8 litre qui trône en permanence dans la cuisine. Assis à même le sol, il savoure son banshaku selon un rituel immuable.
Son dernier verre à peine terminé, il s’allonge sur place et s’assoupit, heureux, pendant une trentaine de minutes. Une manière de vivre le banshaku que les jeunes Japonais ont aujourd’hui largement délaissée. Le saké est aujourd’hui largement importé en France. Les amoureux du Japon sont nombreux et savent trinquer en disant « Kanpai ! ». Mais combien d’entre eux boivent réellement du saké chez eux ? À 90 ans, mon père a adopté le vin, le fromage… et même le cubi. Les Français sont-ils prêts, à leur tour, à adopter la culture qui accompagne le saké ?