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    Accueil » Actu » Amours contrariés
    Culture

    Amours contrariés

    Par Odaira Namihei01/04/2011
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    Parution dans le n°09 (avril 2011)

    Pour son premier roman, Jamie Ford revient sur la douloureuse histoire des Américains d’origine japonaise pendant la guerre.

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    Ala fin du printemps de 1944, alors que les troupes américaines débarquaient en Normandie pour entreprendre la reconquête de l’Europe face aux forces allemandes, une petite cérémonie était organisée à des milliers de kilomètres de là en l’honneur de 66 nouveaux soldats incorporés. Les personnes concernées étaient réunies dans le Centre de relogement Minidoka à Hunt dans l’Idaho. Minidoka était l’un des dix centres mis en place par l’Autorité fédérale de relogement (WRA), laquelle avait été créée en 1942 dans le but de regrouper les quelque 120 000 « Nikkei » – citoyens d’origine japonaise – déportés de la Côte Ouest au lendemain de l’attaque de Pearl Harbor. Tous les futurs soldats présents ce jour-là dans le camp de Minidoka étaient des « Nisei », des Japonais-Américains nés sur le territoire américain dans les années 1920 de parents japonais immigrés aux Etats-Unis, les « Issei ». L’objectif de l’armée américaine était d’offrir une opportunité aux internés de « prouver leur loyauté et leur patriotisme » à l’égard des Etats-Unis comme l’affirmait alors le lieutenant B. M. Harrington dépêché sur place. Emporté par son élan, ce dernier expliqua que “les forces américaines étaient très heureuses d’accueillir des Japonais en son sein, même si [votre] pays est en guerre contre les Etats-Unis. Le fait que [vous] jeunes Japonais soyez volontaires pour combattre votre pays [le Japon] devrait prouver à tous qu’il existe quelques Japonais qui sont de bons Américains ».
    Le camp de Minidoka, c’est celui dans lequel Keiko, l’héroïne du roman de Jamie Ford, va passer une grande partie de la guerre loin de sa ville natale de Seattle et surtout loin de Henry Lee, Américain d’origine chinoise, son ami malgré les récriminations de son père, Chinois de souche et farouche anti-japonais. Dans Hôtel des souvenirs doux-amers, l’auteur revient sur cette période trouble de l’histoire américaine qui a vu ce grand pays démocratique se comporter comme un Etat autoritaire, enfermant des citoyens américains dans des camps en raison de leur origine ethnique. Moins polémique que Quand l’empereur était un dieu, le roman de Julie Otsuka paru en 2004 aux éditions Phébus, le livre de Jamie Ford souligne malgré tout le violent sentiment anti-japonais qui régnait à l’époque. Le choc de l’attaque surprise contre Pearl Harbor en décembre 1941 était alors présent dans toutes les têtes. Il s’agissait de faire payer cet affront et les habitants du quartier japonais de Seattle étaient considérés comme des ennemis potentiels même si la plupart d’entre eux ne parlaient pas un mot de la langue de Tanizaki à l’instar de Keiko qui fréquente le même collège que Henry, un établissement pour les blancs. Henry a même l’interdiction de parler le chinois chez lui et il doit sortir dans la rue avec un badge sur lequel on peut lire “je suis Chinois”. L’amour naissant entre les deux jeunes adolescents est donc voué à l’échec, car l’Etat et la famille de Henry s’y opposent. Le premier va éloigner Keiko au cœur de l’Amérique tandis que la seconde va tout faire pour empêcher l’idylle de se poursuivre malgré la distance et les mois qui passent.
    Jamie Ford aborde le sujet avec subtilité et montre la puissance des sentiments qui peuvent résister à l’éloignement et à l’usure du temps. Il utilise cette histoire d’amour pour traiter le thème de la discrimination à l’égard des Japonais, montrant la bassesse de certains Américains prêts à tout pour exprimer leur rejet de l’autre. On retrouve dans l’écriture de l’écrivain une simplicité qui permet de plonger dans son histoire avec facilité d’autant plus que ses personnages sont particulièrement attachants, en particulier le saxophoniste noir Sheldon dont l’enregistrement mythique avec le pianiste Oscar Holden va servir de fil rouge au récit. Comme  dans les romans de Murakami Haruki où la musique est omniprésente, Hôtel des souvenirs doux-amers est rythmé par le jazz, cette musique symbole de liberté dont ont été privés des milliers de personnes. Elle est encore là le jour où Henry retrouve son premier amour et qu’il découvre que le père  de Keiko a combattu au sein du 442e régiment composé d’Américains d’origine japonaise pour “prouver qu’il existait quelques Japonais qui sont de bons Américains” comme l’avait souligné le lieutenant B. M. Harrington à la fin de la guerre.
    Odaira Namihei

    Référence :
    Hôtel des souvenirs doux-amers, Jamie Ford, trad. de l’anglais par Philippe Beaudouin, coll. Outside, éd. Alphée, 21,90 €

    Lire le Japon Musique Murakami Haruki Littérature 09 livre

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