
À travers une trentaine de peintures à l’huile et d’encres sur papier, l’artiste slovaque Michal Korman explore les paysages, les saisons et les motifs emblématiques de l’esthétique japonaise. Présentée à la galerie Maket, à Paris, l’exposition « Neige·Lune·Fleurs – les formes du temps » invite à une contemplation de la nature et de son caractère éphémère.
Neige, lune, fleurs. Trois mots qui, à eux seuls, évoquent tout un imaginaire japonais. Réunis sous le nom de setsu-getsu-ka, ces trois éléments naturels constituent un thème traditionnel de l’art nippon, célébrant les beautés successives des saisons et les instants de contemplation qu’elles offrent. C’est autour de cette association poétique que Michal Korman a imaginé sa nouvelle exposition parisienne. Né en Slovaquie en 1987 et installé en France depuis dix-sept ans, l’artiste nourrit depuis plusieurs années une fascination pour le Japon, qu’il explore au fil de nombreux séjours et de ses recherches sur les arts traditionnels de l’archipel.

Une trentaine d’œuvres, entre peintures à l’huile et encres sur papier, composent cet ensemble dans lequel les références japonaises apparaissent tantôt explicitement, tantôt de manière plus discrète. Le mont Fuji, les jardins zen, les pagodes, les ponts vermillon et les pièces d’eau côtoient des compositions florales et des scènes de nature. Parmi les œuvres présentées, une représentation du célèbre volcan japonais, observé depuis un avion, fait notamment écho aux estampes de Katsushika Hokusai et à ses Trente-six vues du mont Fuji. Les paysages familiers de l’ukiyo-e se retrouvent également dans une vue du Grand Bouddha de Kamakura, tandis que les associations végétales rappellent les symboles de longévité et de résistance que sont le pin, le bambou et le prunier.
Un dialogue entre peinture japonaise et influences occidentales
L’inspiration japonaise de Michal Korman ne se limite toutefois pas aux sujets représentés. Elle s’exprime surtout dans la construction même de ses tableaux. Les aplats de couleurs franches, les contours précis, les contrastes marqués et les compositions asymétriques témoignent de son intérêt pour l’ukiyo-e et l’école Rinpa, dont les artistes, à l’image d’Ogata Kōrin, ont développé une représentation stylisée et décorative de la nature. L’importance accordée aux vides, aux diagonales et aux motifs végétaux rappelle également les paravents et les rouleaux peints traditionnels.


Pour autant, Korman ne cherche jamais à reproduire ces modèles. Son langage pictural s’élabore à la rencontre de plusieurs traditions. Aux références japonaises se mêlent notamment les héritages du postimpressionnisme, des Nabis et du fauvisme, ainsi que l’influence de Matisse. Cette liberté se traduit par des compositions où la rigueur graphique du dessin rencontre une palette expressive et lumineuse. Comme le résume l’artiste : « Je dessine vite, je peins lentement. » Le dessin organise la pensée, tandis que la couleur laisse davantage de place à l’émotion.
La beauté fragile de l’instant
Au-delà de ses références artistiques, l’exposition révèle une réflexion plus intime sur le temps qui passe. « C’est la manière dont les choses se transforment et subissent le passage du temps qui m’intéresse », explique Michal Korman. Les saisons, les changements de lumière et les phénomènes naturels deviennent ainsi les véritables sujets de ses compositions. Une première neige recouvre un paysage encore embrasé par les couleurs de l’automne ; une pluie vient modifier la perception d’un lieu sacré ; quelques flocons presque imperceptibles troublent la tranquillité d’un jardin.
Cette attention portée aux manifestations les plus discrètes de la nature rejoint la sensibilité japonaise du mono no aware, cette conscience de la beauté des choses précisément parce qu’elles sont passagères. Loin de chercher à figer le paysage dans une représentation immuable, l’artiste semble vouloir en retenir un instant fugace, avant qu’il ne disparaisse. Cette relation aux fleurs et aux jardins possède également une dimension autobiographique : enfant, Michal Korman souffrait de graves allergies qui l’empêchaient de profiter directement de la nature. Il l’observait alors depuis la fenêtre de sa chambre. Devenue au fil du temps une source de joie et de contemplation, elle occupe aujourd’hui une place essentielle dans son œuvre.
Avec « Neige·Lune·Fleurs – les formes du temps », Michal Korman propose ainsi bien davantage qu’un hommage aux paysages japonais. Ses tableaux font dialoguer deux traditions picturales et deux cultures, tout en rappelant que la beauté réside parfois dans ce qui ne dure qu’un instant. Une invitation à ralentir le regard et à retrouver, dans les transformations les plus ordinaires de la nature, une forme de merveilleux.
Neige·Lune·Fleurs – les formes du temps, Michal Korman
Galerie Maket, 17 avenue de Messine, 75008 Paris
Du 6 au 27 novembre 2026
Du lundi au vendredi, de 14 h à 18 h.