
Yamagata réserve de bien belles surprises aux visiteurs en quête d’authenticité et d’espace.
Classée au neuvième rang en termes de superficie, la préfecture de Yamagata n’est donc pas la plus grande du Japon. Toutefois, sa forme longitudinale contribue à la diviser en deux univers très distincts entre un nord presque sauvage et un sud plus développé, offrant ainsi aux visiteurs de nombreuses facettes susceptibles de satisfaire à la fois les plus exigeants et les plus curieux. Ses paysages en eux-mêmes constituent déjà une belle promesse. Lorsqu’on emprunte le Yamagata shinkansen qui relie Fukushima à Shinjô via Yonezawa, Kaminoyama onsen (voir Zoom Japon n°132, juillet-août 2023), Yamagata et Tendô, puis les lignes locales vers Tsuruoka, on peut profiter de leur beauté caractérisée par un mélange de montagnes, collines et petites plaines sur lesquelles on peut admirer aussi bien la nature dans toute sa puissance que le travail des hommes qui ont su la mettre en valeur. Les rizières, les vergers, les champs cultivés rivalisent avec les forêts denses qui regorgent de trésors et de mystères. En témoignent les trois sommets sacrés de Dewa Sanzan, le mont Haguro, le mont Gassan et le mont Yudono, qui sont, depuis des siècles, un lieu de culte et de pèlerinage (voir Zoom Japon n° 29, avril 2013). Les plus audacieux peuvent se lancer dans une expérience d’ascète avec les yamabushi, ces adorateurs mystiques des montagnes, qui organisent des pratiques de pleine conscience telles que la méditation sous une cascade (voir Zoom Japon n° 146, décembre 2024 – janvier 2025). Les autres ont le loisir de gravir les quelques 2 000 marches qui traversent la forêt de cèdres du mont Haguro pour rejoindre le sanctuaire Sanjin Gôsaiden. Cela prend environ 1 h 30 pour cette promenade forestière qui s’achève devant le sanctuaire dédié aux divinités des trois montagnes. L’effort (modéré) accompli en vaut la chandelle pour peu qu’on se soit imprégné de spiritualité au milieu des arbres pendant l’ascension.

En descendant vers le sud en direction de Yamagata, il convient de faire une étape par Sagae qui abrite l’un des plus beaux trésors de la région, le Jion-ji, temple bouddhiste fondé par décret de l’empereur Shômu au VIIIe siècle. Ayant bénéficié d’une bonne protection, il a pu acquérir quelques statues et objets rares qui sont encore aujourd’hui dans ses murs, ce qui ajoute à l’intérêt d’y faire un détour. Située à flanc de colline, sa magnifique porte accueille les visiteurs et donne à l’ensemble une impressionnante majesté que le hall principal, dont le toit a été récemment restauré, ne manque pas non plus de rehausser. Il est évidemment accessible tout au long de l’année, les changements de saison ajoutant des touches de couleurs variées qui l’embellissent. Le 5 mai, le temple se transforme en une scène de théâtre à l’occasion d’un spectacle de bugaku, danse et musique rituelles, assuré par la population locale. À la manière du nô de Kurokawa (voir pp. 17-19), certains habitants endossent des costumes chatoyants et des masques aux couleurs vives pour interpréter plusieurs séquences dansées sur le rythme des tambours et des flûtes. Avant le spectacle proprement dit, les spectateurs, rassemblés devant la scène qui a été construite entre la porte et le hall principal, assistent à une cérémonie religieuse au cours de laquelle les sutras sont récités. Ce moment magique qui enveloppe le lieu le temps d’un après-midi a été classé bien culturel immatériel important, ce qui permet d’en mesurer à la fois la portée et la beauté. Les autres bâtiments – la pagode à trois étages et le Yakushi-dô – valent également qu’on prenne le temps de les observer avant de partir vers d’autres découvertes. Installée au pied de la colline, la Jion-ji Terrasse est un bâtiment récent où l’on peut en apprendre davantage sur l’histoire du temple, participer à des ateliers et surtout déguster une cuisine simple, mais savoureuse. Au printemps, le dessert glacé à la cerise mérite qu’on prenne le temps de souffler.
Le Jion-ji n’est pas le seul site religieux qui suscite l’intérêt des voyageurs. Plus connu, Yamadera, que l’on atteint par train au départ de la gare de Yamagata, est aussi un incontournable. Ce complexe bouddhique, au bout d’un sentier boisé où l’on croise des lanternes et des statues recouvertes de mousse, offre une vue imprenable sur la vallée en contrebas. Visité en été par le poète itinérant Matsuo Bashô, inventeur des haïkus, instantanés poétiques qui permettent de saisir un instant d’émotion, ce dernier a écrit “shizukasa ya / iwa ni shimiiru /semi no koe” (Silence / la voix des cigales / pénètre les rochers). L’été est aussi une bonne période pour assister au matsuri (voir Zoom Japon n°52, juillet-août 2015) de Yamagata qui se déroule du 5 au 7 août à la tombée de la nuit. Le Yamagata Hanagasa Festival se déroule dans une ambiance chaleureuse où chacun peut participer aux danses après le passage du défilé.

À une quinzaine de minutes en train de Yamagata, se trouve la gare de Kaminoyama Onsen qui dessert une station de sources d’eau chaude où vous pourrez profiter d’un repos bien mérité en dégustant la savoureuse cuisine locale, les fruits de saison (voir pp. 24-25) dans des auberges tranquilles et accueillantes. Les collines environnantes constituent de formidables lieux de promenade, mais faites bien attention, car les ours sont présents dans la région, confirmant ainsi le côté “sauvage” de Yamagata.
Gabriel Bernard




