Chaque mois de février, les passionnés de bonsaï ont les yeux tournés vers le parc d’Ueno, à Tôkyô. Retour sur l’édition 2026.


C’est là, au Tokyo Metropolitan Art Museum, que se tient la Kokufû-bonsai-ten (国風盆栽展), l’exposition de bonsaï la plus prestigieuse du Japon. Organisée par la Nippon Bonsai Association, la manifestation trouve ses origines en 1934. Sa première édition eut déjà lieu à Ueno, dans l’ancien Tokyo Prefectural Art Museum, devenu depuis le Tokyo Metropolitan Art Museum. En 2026, la Kokufû-ten a célébré sa centième
édition. Un chiffre hautement symbolique qui ne correspond toutefois pas à un centenaire : l’exposition a en effet connu plusieurs interruptions, notamment durant la Seconde Guerre mondiale.
Parmi les meilleurs arbres du pays
La Kokufû-ten ne se contente pas d’aligner de beaux arbres. Y exposer un bonsaï constitue déjà, en soi, une véritable consécration. Chaque su jet doit passer par une sélection très exigeante avant d’obtenir le droit d’entrer dans les allées du show. On y retrouve des arbres historiques, des pièces travaillées depuis plusieurs générations, et des créations préparées avec une précision extrême.
Aujourd’hui, l’exposition se déroule en deux parties successives afin de permettre la présentation de plus de trois cents bonsaï venus de tout le Japon. Une première sélection occupe les salles pendant plusieurs jours, puis l’exposition ferme brièvement afin de remplacer les créations. Une seconde sélection prend alors place pour la suite de l’événement.
À la Kokufû-ten, rien n’est laissé au hasard. La qualité de l’arbre est es sentielle : son mouvement, son équilibre, la finesse de sa ramification, la maturité de son écorce ou encore la puissance de ses racines sont observés de près. Mais la présentation finale compte tout autant. Le choix du pot, sa patine, ses proportions et son harmonie avec l’arbre participent pleinement à l’ensemble.
C’est cette recherche de perfection qui donne à la Kokufû-ten son aura particulière. Au-delà des récompenses décernées, le simple fait d’être retenu représente un accomplissement majeur pour le propriétaire comme pour le professionnel chargé de la préparation. Derrière chaque arbre se cachent souvent des décennies de culture, de tailles, de ligatures et de rempotages. Certains sujets ont traversé plusieurs générations. La Kokufû-ten rappelle ainsi combien le bonsaï japonais repose sur le temps long, l’observation et la transmission.
Le rendez-vous mondial des passionnés
Longtemps, la Kokufû-ten fut surtout fréquentée par un public japonais et quelques rares passionnés venus des pays voisins. Mais la situation a évolué. La démocratisation des voyages au Japon, l’intérêt croissant pour la culture japonaise et, plus récemment, un yen favorable aux visiteurs étrangers, ont considérablement élargi son public.
Désormais, chaque mois de février, Tôkyô devient l’un des grands points de rencontre de la communauté internationale du bonsaï. Amateurs confirmés, collectionneurs, bonsaika (pratiquants du bonsaï) et professionnels venus du monde entier s’y retrouvent pour admirer les arbres, échanger, rencontrer des pépiniéristes ou visiter quelques-uns des jardins les plus réputés de l’archipel. Cette internationalisation se lit même sur les cartels accompagnant certaines œuvres. On peut désormais y voir apparaître le nom de propriétaires étrangers, de plus en plus nombreux ! Cela ne signifie pas pour autant que des bonsaï cultivés hors du Japon sont importés spécialement pour participer à la manifestation. Pour des raisons sanitaires, les arbres exposés proviennent exclusivement du Japon.
Un amateur étranger peut en revanche acquérir un bonsaï sur place et le confier à une pépinière japonaise, qui se chargera de son entretien et de sa préparation au fil des années. Si l’arbre atteint le niveau requis, il pourra être proposé à la sélection de la Kokufû-ten. Et s’il est retenu pur l’expo, il sera présenté au nom de son propriétaire, même si ce lui-ci vit à l’autre bout du monde.
Un patrimoine vivant
Malgré cette ouverture au monde, la Kokufû-ten demeure profondément liée à l’histoire et aux codes du bonsaï japonais. C’est précisément ce mélange qui fait sa force : conserver un niveau d’exigence exceptionnel tout en devenant le lieu de rencontre d’une communauté toujours plus internationale. Pour le visiteur, la découverte est saisissante. Au fil des salles, les arbres semblent condenser des paysages entiers : pins battus par les vents, troncs noueux évoquant les arbres de montagne, feuillus aux ramifications délicates ou sujets dont l’âge se lit dans une écorce profondément marquée. Leur taille réduite n’enlève rien à leur présence ; elle semble au contraire concentrer leur puissance.
La Kokufû-ten permet surtout de prendre conscience du travail invisible qui précède l’exposition. Un bonsaï ne se prépare pas quelques semaines avant sa présentation. Sa silhouette résulte d’années, parfois
de décennies d’interventions successives. L’objectif n’est pourtant pas de donner l’impression d’un arbre artificiellement façonné, mais au contraire de faire oublier la main de l’homme. Plus le travail est maîtrisé, plus l’arbre paraît naturel.
C’est là que réside une grande partie de la fascination exercée par la Kokufû-ten. Elle présente des œuvres vivantes, jamais réellement achevées, qui continueront d’évoluer une fois l’exposition terminée. Le bonsaï admiré aujourd’hui devra encore être cultivé, corrigé et transmis demain.
À travers plus de neuf décennies d’histoire et désormais cent éditions, la Kokufû-ten s’est imposée comme l’un des lieux où s’exprime le plus haut niveau de cet art au Japon. Entre patrimoine vivant, excellence
technique et savoir-faire des plus grands professionnels, elle demeure une étape incontournable pour qui souhaite comprendre jusqu’où peut aller l’art du bonsaï.


En savoir plus…
Pour découvrir une vidéo du Kofukûten, édition 2026, par la chaîne bonsaiculture.fr
Texte et photos Jean-Yves Lamusset / bonsaiculture.fr