De Bordeaux à Saint-Ouen en passant par Séoul, Pattaya et Tōkyō, le poulet crousty fait recette. Décryptage.

Depuis quelques années, la street food occupe une place importante dans le secteur de la restauration, et un plat en particulier connaît un véritable engouement auprès de la génération Z. Il s’agit du « Crousty », composé de poulet frit servi sur du riz thaï et généreusement nappé d’une sauce onctueuse. Tout a commencé lorsque « Krousty Sabaïdi », une enseigne française de restaurants rapides inspirée par la cuisine thaïlandaise, a rencontré un franc succès grâce à ce plat. D’autres enseignes, comme « Tasty Crousty », ont suivi la tendance, déclenchant ainsi un véritable phénomène de mode. Le prix moyen avoisine une dizaine d’euros et les portions se distinguent par leur générosité.
Le poulet crousty = le karaage don ?
Mais pourquoi évoquer ce plat dans cette rubrique ? Parce qu’il rappelle immanquablement aux Japonais le donburi au poulet frit, « karaage don », ou plus précisément « mayo kara don » (poulet frit sur riz, accompagné d’une sauce mayonnaise). Le poulet frit occupe d’ailleurs une place centrale dans la cuisine populaire coréenne : avec sa panure épaisse, sa texture croustillante et son assaisonnement au gochujang sucré salé, il est devenu incontournable. Le poulet croustillant est également très apprécié à Taïwan et en Chine. Et puisque c’est une chaîne de la cuisine asiatique qui a lancé cette tendance, il est probable que ce plat puise certaines de ses origines dans les cuisines thaïlandaises et plus largement d’Asie du Sud-Est. Cela n’empêche pas les consommateurs d’origine africaine d’y retrouver une certaine familiarité. Le fait que la viande soit certifiée « halal » permet également aux jeunes générations issues de cultures musulmanes de le consommer sans réticence.
Jusqu’à présent, qu’il s’agisse du burger, du panini, du kebab, de la pizza ou du poké bowl, chaque plat de fast-food possédait une origine clairement identifiable. Ce qui fait l’originalité du Crousty, c’est qu’il emprunte à de nombreuses cultures culinaires sans appartenir exclusivement à aucune d’entre elles. C’est un plat sans frontière, et c’est sans doute l’une des raisons de son succès auprès des jeunes consommateurs. Nous avons déjà observé ce phénomène de plats circulant à grande vitesse grâce aux réseaux sociaux – le matcha latte, dont la popularité est arrivée de New York, en est un bon exemple – mais il semble que nous assistons désormais à une étape supplémentaire.
Le poulet crousty constitue d’ailleurs un concept séduisant aussi pour les restaurateurs. En effet, il repose sur deux ingrédients simples – le riz et le poulet – disponible toute l’année à un coût relativement abordable. Il suffit ensuite de varier les sauces ou les épices pour décliner une infinité de recettes.
Naturellement, les parents d’adolescents observent ce phénomène avec davantage de réserve. Il est évident que ce plat, préparé à partir de poulet importé et recouvert de sauce industrielle riche en calories est loin de représenter un modèle d’équilibre nutritionnel. Pourtant, lorsqu’on sait que le karaage est devenu au Japon un classique transgénérationnel, rien ne permet d’affirmer que ce type de plat ne finira pas, lui aussi, par s’imposer durablement. ●